Carbone et Silicium : L’avis de Yradon

En préambule, j’aimerai contextualisé l’article. En effet, vous vous apprêtez à lire un article de Yradon, que vous pouvez retrouver sur son blog ici. Ce partage d’article va me permettre, pour certaines lectures, de rebondir et de donner également mon avis. Ainsi le lecteur pourra se faire une idée plus précise de l’oeuvre grâce aux sensibilités différentes des rédacteurs des avis. Découvrez maintenant l’avis de Yradon, et très prochainement le mien dans un futur article. Bonne lecture !

Carbone et Silicium de Mathieu Bablet

Deuxième chronique que j’écris en un seul jour, chose rare, car je ne suis pas encore très à l’aise pour mettre par écrit ce qu’un livre m’a fait ressentir. Je m’en sors mieux à l’oral, façon, vu mon métier de coeur vaut mieux. Mais bon, je ne pouvais pas enchaîner directe après ma lecture sans mettre par écrit ce que j’en ai pensé. J’ai donc acheté, lu et finis « Carbone et Silicium » de Mathieu Bablet chez Ankama Editions sous le label 619. Je comprends parfaitement pourquoi « Shangri-La » et toutes les œuvres sur lesquelles Mathieu Bablet a travaillé se sont révélés être des réussites, voire un carton inattendu, après avoir tourné la dernière page de son plus beau bébé. Mais avant tout, découvrez de quoi ça parle.

Un petit synopsis pour la route :

« 2046. Derniers nés des laboratoires Tomorrow Foundation, Carbone et Silicium sont les prototypes d’une nouvelle génération de robots destinés à prendre soin de la population humaine vieillissante.
Élevés dans un cocon protecteur, avides de découvrir le monde extérieur, c’est lors d’une tentative d’évasion qu’ils finiront par être séparés. Ils mènent alors chacun leurs propres expériences et luttent, pendant plusieurs siècles, afin de trouver leur place sur une planète à bout de souffle où les catastrophes climatiques et les bouleversements politiques et humains se succèdent.
« 

Vous l’aurez compris, il nous transporte de nouveau dans un monde qui porte haut en couleur les initiales de la Science-Fiction, dans ce monde dystopique où l’être humain en est au balbutiement des I.A fortes et de la création des androïdes à l’effigie des Hommes. On y retrouve donc Carbone, l’androïde femme et Silicium, l’androïde mâle, propriétés du laboratoire Tomorrow Fondation. Ces deux premiers nés d’un nouveau genre d’interactions sociales, vont découvrir le monde des êtres humains : les inégalités, la guerre, la pauvreté, la bêtise humaine, tout en restant des observateurs éloignés, en tout cas au début, mais également l’amour, l’empathie, la joie. Leurs premiers mots sont très représentatifs de ce qui pourrait être la solution extrême pour que le monde aille mieux : « les humains sont le vrai problème de la planète. La seule solution est de tous les détruire« . Sur ces mots d’introduction, les bases sur lesquelles repose notre aventure, annoncent tout de suite la couleur, alors accrochez-vous.

Qu’est-ce qu’on en pense sur Yradon ?

En tout cas, dès ces premiers mots, Mathieu Bablet, nous indique clairement que son oeuvre ne sera pas une ode à la joie, mais plus une complainte des landes perdues et que l’avenir qu’il entrevoit pour l’être humain ne sera pas reluisant. En somme, son nouveau bébé est le digne héritier des plus grands auteurs de ce genre. Vous voilà prévenu. On a l’impression qu’il vient de revenir du futur et qu’il nous livre dans pamphlet corrosif et poétique, ce que sera notre monde si nous ne changeons pas tout radicalement : notre mode de vie, nos sociétés et j’en passe.

C’est une vision dure, négative, mais d’une justesse et tellement nécessaire qu’on ne peut qu’y adhérer. En effet, lorsque l’on observe la direction dans laquelle va notre monde actuellement, j’ai bien peur que tous les auteurs qui ont écrit de la SF, depuis les origines, n’aient malheureusement raison au final. Comme dit à juste titre Silicium p.179 :

 » l’individu est incompatible avec l’idée de société parce que l’être humain n’est pas un être rationnel, et encore moins quand il fait partie d’un groupe […] pour être complet, il faudrait que l’humain soit à chaque instant libre d’écouter ses pulsions primaires mais aussi de se conformer aux lois de la société qui le contraignent dans le but de préserver la paix sociale et de ne pas nuire à son prochain […] c’est un paradoxe qu’il ne peut résoudre « .

Cela conforte parfaitement l’idée que l’être humain, même en connaissant LA bonne solution pour se sauver, restera sur le mauvais chemin, par peur de l’inconnu et de quelque chose qu’il risque de ne pas savoir maîtriser. Au fur et à mesure du développement de l’histoire entre Carbone et Silicium, qui, si je ne l’ai pas dit, est le fil rouge que le lecteur suivra du début jusqu’à la fin, cette terrible vision du devenir de l’être humain sera comme une épée de Damoclès sans fin, comme le mythe de Sisyphe, suspendu au-dessus de leurs circuits imprimés. Car à n’importe quel moment de leur histoire, s’étalant sur des siècles, l’être humain n’apprendra jamais de ses erreurs et s’enfoncera toujours plus profondément dans la mauvaise direction, voire la seule direction contre laquelle il ne peut plus rien faire : sa destruction totale. Outre cette vision apocalyptique pour le devenir de l’espèce humaine, Mathieu Bablet arrive avec brio à nous faire adhérer à cette idée que les sociétés où l’on évolue actuellement sont vouées à s’auto-détruire si rien n’est fait pour arrêter, avant qu’il ne soit trop tard, ce cycle vicieux dans lequel nous nous trouvons. Et qu’il faut donc réagir à temps pour changer tout ça. Chose plus facile à dire qu’à faire malheureusement.

Pour finir, l’univers graphique que nous a créé et offert l’auteur ici est particulier et il risque de rebuter certaines personnes, quitte à ce qu’elles choisissent de ne pas tenter l’aventure. Ce serait une grave, très grave erreur, car bien qu’il fasse s’approprier son trait, il a, au final, construit un monde magnifique, poignant, criant de vérité autour de sa verbe narrative, aux propos durs, mais tellement vrais, qui raisonneront dans votre âme de lecteur et de rêveur. De toute façon, après quelques pages, tout au plus, son univers graphique et sa verbe se fondent en une seule entité où nous n’arrivons plus à les dissocier l’un de l’autre, tant nous sommes happés par l’histoire. Même si vous n’arrivez pas à passer outre ses planches graphiques, vous serez tellement subjugués et imprégnés par ses paroles, que vous n’y ferez même plus attention.

Je vous conseille donc vivement d’acheter et de lire cette merveille, car vous en aurez vraiment pour votre argent. C’est d’autant plus vrai, lorsque l’on calcule le ratio prix/nombre de page. En plus, Ankama et le Label 619, vous ont concocté une édition magnifique, sublime même. Vous voilà prévenu.

Note : 5/5

  • Scénario : 5/5.
  • Univers graphique : 5/5.
  • Lettrage : 5/5.
  • Typologie : 5/5.
  • Format/éditions/finissions : 6/5 (oui, je sais, ce n’est pas possible, mais attendez de le tenir en main et on en reparle).

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